« Manuel scolaire et nouvelles technologies – Le manuel en mutation ? »

La rencontre-débat organisée par Assucopie au Château-Ferme de Profondval le 16 avril 2008 a posé les bases d’une réflexion sur les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC ou TIC) dans les milieux scolaires et a suscité d’intéressantes d’interrogations de la part des participants.
Assucopie a donc décidé d’utiliser cette rencontre comme tremplin à une vaste campagne d’information sur les nouvelles technologies utilisées dans le cadre de l’information et de l’éducation.

Depuis plusieurs années, les outils multimédias font partie de notre quotidien. La multiplication des images dans tous les domaines de la vie a entraîné un bouleversement de nos habitudes, de nos modes de pensée et d’apprentissage. Les facilités d’accès à l’information ainsi que les moyens techniques de reproduction mis à la disposition du plus grand nombre font souvent oublier le combat des auteurs pour la reconnaissance de leurs droits.

Les acteurs du monde de l’éducation sont conscients de la nécessité de repenser l’enseignement, de conceptualiser de nouveaux outils pédagogiques (manuels scolaires, supports multimédias, logiciels…) et d’éduquer les jeunes aux médias. Bref, d’adapter l’enseignement au mode de vie d’une génération qui n’a jamais vécu sans ordinateur et sans DVD !

De nombreux outils multimédias existent déjà au sein des établissements scolaires (CD interactifs, écrans tactiles géants, tableaux digitaux, plates-formes de formation à distance, diffusion des cours par intranet, forums entre élèves et/ou professeurs…), d’autres sont encore en projet.

Qu’en est-il du manuel scolaire ? Quel est son avenir ? Comment doit-il évoluer ? Quel rôle lui donner dans les classes et à la maison aux côtés des nouvelles technologies ? Comment le rendre plus attractif et interactif ? Quel mariage possible entre le manuel scolaire - et de quel type -, les nouvelles technologies et les pédagogies d’aujourd’hui ?

Synthèse des interventions


Marcel Lebrun
dans son intervention « Dans e-learning, ce n’est le « e » qui compte le plus » a présenté une approche des méthodes d’apprentissage face aux nouvelles expériences technologiques. Il a expliqué le rôle que pouvaient jouer les nouvelles technologies en pédagogie ainsi que la diversité des celles-ci adaptées à l’enseignement. Le système de mise en ligne des cours par les professeurs, Claroline, développé par l’UCL, a permis d’illustrer ses propos et de prouver les avantages de ce nouveau type d’enseignement, dans lequel l’activité pédagogique est autant entre les mains des élèves qu’entre celles du professeur.

François-Marie Gerard, dans une intervention intitulée « NTIC et manuels scolaires : concurrence ou congruence ? », a exposé une autre vision sur l’avenir du manuel, celui d’une évolution. Dans le monde de l’éducation, nombreux sont ceux qui doutent de l’avenir du manuel scolaire face au développement des Technologies de l’Information et de la Communication en Education (TICE). En effet, selon lui, chaque outil à ses avantages et ses inconvénients. En envisageant les relations entre les NTIC et les manuels scolaires en termes de congruence, il est intéressant d’identifier les apports spécifiques de l’utilisation des outils multimédias. La réflexion de François-Marie Gerard est basée sur les fonctions des manuels (transmission de la connaissance, structuration des acquis…) et la façon dont les NTIC pourraient les compléter.

Roger Godet, dans « Le manuel scolaire en Communauté française » a, quant à lui, rappelé brièvement les dispositions du « décret du 19 mai 2006» relatif à l’agrément et à la diffusion de manuels scolaires, de logiciels scolaires et d’autres outils pédagogiques au sein des établissements d’enseignement obligatoire.

Les interventions se sont clôturées par un exposé de Christian Cherdon sur « Le respect du droit d’auteur ». Christian Cherdon a résumé les bases de la loi du 30 juin 1994 (LDA, modifiée le 22 mai 2005) sur le droit d’auteur et ses droits voisins. Il a également expliqué les exceptions à la LDA dans le cadre de l’enseignement, de la recherche scientifique et le cercle familiale.

 

Synthèse des ateliers

Les participants (auteurs, éditeurs, enseignants, formateurs…) ont, ensuite, pu continuer le débat dans un des trois ateliers organisés par Assucopie selon trois thèmes : Internet, outil de transmission du savoir, danger pour les auteurs ? - Formation des futurs enseignants (aux manuels scolaires) et utilisations des outils pédagogiques - Diversifier les outils scolaires, pour que faire et comment ?

De nombreuses questions ont fusé et des pistes de réflexion ont été proposées par les participants. Ces pistes seront exploitées par Assucopie dans un dossier mensuel mis en ligne sur le site www.assucopie.be.

Atelier 1  - Internet, outil de transmission du savoir, danger pour les auteurs ?

Dans un premier temps, les participants de l’atelier « Internet » se sont interrogés sur les conséquences des nouvelles technologies (et plus spécialement Internet), sur le travail des auteurs scolaires et sur la nécessité de repenser le manuel scolaire dans le monde multimédia.
Dans un second temps, le groupe s’est penché sur le problème juridique lié à l’exploitation d’œuvres protégées (textes et images) sur Internet. Ce problème a été abordé du point de vue de l’auteur.
Les participants ont distingué deux types d’auteurs : les auteurs qui sont également  consommateurs d’Internet et les auteurs qui sont producteurs sur Internet. Les premiers intègrent dans leurs manuels des données récoltées sur le net (copier/coller/transformer). Se pose alors la question du plagiat et de la contrefaçon. Les seconds mettent en ligne leurs œuvres sur le net et désirent les protéger. Différentes techniques, à mettre en place lors de la conception d’un site, existent déjà pour empêcher l’exploitation des œuvres sur Internet. Cependant, la loi stipule que l’œuvre est protégée dès sa création et que, pour toute utilisation de celle-ci, une demande préalable aux ayants droit doit être formulée.
Le développement d’Internet remet-il en question cette autorisation préalable ? Auquel cas, c’est tout le système de la protection du droit intellectuel qui est remis en cause.
Enfin, les participants se sont interrogés sur la crédibilité et la valeur des sources trouvées sur Internet ainsi que sur les solutions apportées pour y surveiller les contenus.
Le cas des documents mis en ligne par des enseignants et téléchargeables librement a été évoqué. Ces « manuels libres » sonnent-ils le glas du manuel-papier, voir à ce sujet les sites suivants : http://gconnan.free.fr/ ; http://manuel.sesamath.net/ ; http://www.cvgg.org/Accueil/Physique/
De ces trois pôles de réflexion, il est ressorti que le manuel scolaire reste un outil pédagogique indispensable car il structure les acquis et vise la synthèse des matières enseignées. Il semble que les avis convergeaient vers une utilisation des TICE en complément du manuel et que cet aspect devrait être pris en compte lors de la conception du manuel. Tout comme les TICE ne remplacent pas le professeur, les TICE ne doivent pas remplacer les manuels scolaires.
Notre monde est en mutation. Les nouvelles technologies multiplient les sources d’accès à l’information. L’apprentissage aux médias devient indispensable, pour les internautes lambda, les élèves, les enseignants et les auteurs. Tout un chacun devrait être capable de définir le degré de crédibilité d’une source et de s’interroger sur l’avenir de la propriété intellectuelle face au pillage systématique des œuvres protégées sur le net.

Atelier 2  - Formation des futurs enseignants (aux manuels scolaires) et utilisations des outils pédagogiques

Le deuxième atelier s’est penché sur le manque de formation aux TICE et aux manuels scolaires en Communauté française. Ce problème ne semble pas se poser en Communauté flamande en raison des moyens différents et des pédagogies basées sur l’utilisation du manuel scolaire.
Comme dans les autres ateliers, les participants considèrent que le manuel a un côté structurant essentiel. Il structure les connaissances même à partir des infos glanées par d’autres canaux (Internet, CDROM, livre…).
En Communauté française, que ce soit dans la formation initiale ou dans la formation continuée, le manque de formation aux manuels scolaires et aux outils utilisés en parallèle des nouvelles technologies est flagrant. Or cette formation est indispensable car les enseignants ne savent ni sur quelles bases choisir un manuel ni comment le rendre efficace à 100%. Le manuel scolaire doit être vu comme un outil et tout outil a besoin d’un mode d’emploi.
Il est également difficile de former les enseignants aux manuels scolaires parce que les méthodologies diffèrent au sein d’un même établissement, selon les professeurs et cela au nom de la liberté et de l’autonomie pédagogique. De plus, les manuels sont conçus pour une année d’étude alors que l’enseignement est organisé par cycle… Les éditeurs et les enseignants sont coincés dans leurs besoins et leurs souhaits à cause des exigences des institutions : programmes, socles, compétence.
La problématique de la formation des enseignants est complexe à double titre. D’abord, il apparaît que le manuel scolaire doit rester un outil privilégié des enseignants car il structure la matière et les connaissances. Or les enseignants l’utilisent peu. Ensuite, même si les enseignants se forment aux TICE, les écoles disposent rarement d’un matériel informatique performant.
Le groupe a rappelé la nécessité de multiplier et de diversifier les formations (initiales et continuées) aux manuels scolaires et aux TICE. Les participants se sont également interrogés sur une formation initiée par le milieu éditorial.

Atelier 3  - Diversifier les outils scolaires, pour que faire et comment ?

Le troisième atelier s’est interrogé d’abord sur la réelle nécessité de diversifier les outils pédagogiques alors que les enseignants ne les utilisent pas ou peu, ensuite sur la motivation des enseignants à intégrer de nouveaux outils pédagogiques dans leurs cours et enfin sur le pourquoi d’une diversification alors qu’il existe déjà d’excellents manuels sur le marché. Questions essentielles puisque l’on pourrait se demander si cette volonté de diversifier les outils pédagogiques n’est pas initiée par les pédagogues plus que par les enseignants eux-mêmes.
Les participants se sont ensuite interrogés sur la création de nouveaux outils pédagogiques et le modèle qu’ils devraient suivre. Si des nouveaux outils scolaires multimédias sont créés, les écoles seront-elles équipées pour les utiliser ? Les enseignants seront-ils formés pour les intégrer dans leur méthode pédagogique ? En effet, d’excellents manuels sont disponibles mais les enseignants n’ont pas toutes les clés pour les exploiter à 100%.
Les participants incluent dans la diversification des outils, des mises à jour des manuels soit avec des Cdrom soit par un système de documents à télécharger sur le net… Ces deux systèmes existent déjà… peut-on dès lors imaginer d’autres techniques d’actualisation des manuels ?